Lors d’un mariage ou d’une inauguration, l’écharpe tricolore attire les regards sans que personne ne s’interroge vraiment sur son sens. Pourtant, la manière dont le bleu, le blanc et le rouge sont disposés répond à une règle précise, fixée par un texte officiel. Cette règle permet, en un coup d’œil, de distinguer un maire d’un parlementaire lors d’une même cérémonie.
Voici ce que dit exactement la loi, d’où vient cette tradition et qui a le droit de porter cet insigne républicain.
D’où vient la tradition de l’écharpe tricolore ?
L’écharpe trouve son origine dans le décret du 20 mars 1790, adopté quelques mois après la création des communes françaises. Le texte impose alors aux officiers municipaux de porter, pendant l’exercice de leurs fonctions, une écharpe aux trois couleurs de la Nation, bleu, blanc et rouge.
À l’origine, cet accessoire servait aussi à fixer le fourreau d’une épée, un usage aujourd’hui disparu mais qui explique la présence du gland à franges. Le décret du 1er mars 1852 introduit ensuite une distinction restée en vigueur, les franges dorées pour les maires et les franges argentées pour leurs adjoints. Il faudra attendre le décret du 20 mars 1870 pour que le port de l’écharpe devienne réellement obligatoire et encadré, et non plus seulement recommandé.
Le choix des couleurs n’a d’ailleurs rien d’arbitraire, le bleu et le rouge reprennent les teintes historiques de la ville de Paris, tandis que le blanc, intercalé entre les deux, symbolisait à l’origine la monarchie.
Que dit précisément la loi sur le sens du port de l’écharpe ?
L’article D2122-4 du Code général des collectivités territoriales, issu d’un décret du 18 décembre 2000, encadre aujourd’hui le port de l’écharpe officielle destinée aux maires et fixe précisément le sens dans lequel les couleurs doivent apparaître. Portée en ceinture, l’écharpe doit présenter le bleu vers le haut. Portée en bandoulière, de l’épaule droite vers la hanche gauche, elle doit présenter le bleu près du col.
Cette précision n’a rien d’anecdotique, elle sert à distinguer immédiatement un maire d’un député ou d’un sénateur, qui portent quant à eux le rouge près du col.
Pourquoi cette distinction avec les parlementaires existe-t-elle ?
Un maire, un député et un sénateur peuvent se retrouver côte à côte lors d’une même cérémonie officielle, un vœu de nouvel an ou une commémoration par exemple. Sans repère visuel, il serait difficile de savoir immédiatement qui représente la commune et qui représente la Nation au Parlement.

En inversant simplement l’ordre des couleurs, bleu au col pour l’élu local et rouge au col pour le parlementaire, le protocole républicain permet à toute personne présente d’identifier la fonction exacte de chacun sans avoir besoin de le demander.
Ce détail, qui semble mineur, structure en réalité tout le protocole des cérémonies publiques françaises.
Qui d’autre a le droit de porter l’écharpe tricolore ?
Le maire n’est pas le seul élu concerné.
Les adjoints portent l’écharpe avec des glands à franges d’argent lorsqu’ils exercent une fonction d’officier d’état civil ou d’officier de police judiciaire, ou lorsqu’ils remplacent le maire.
Les conseillers municipaux peuvent eux aussi la porter, mais uniquement lorsqu’ils célèbrent un mariage par délégation du maire ou lorsqu’ils assurent son remplacement dans les conditions prévues par la loi. Certaines situations restent toutefois plus délicates à trancher. Le cas des maires délégués de communes associées, par exemple, fait encore l’objet de questions adressées au ministère de l’Intérieur, preuve que ce texte réglementaire, bien que précis, continue de soulever des interrogations pratiques chez les élus eux-mêmes.
Dans quelles occasions le port de l’écharpe est-il obligatoire ?
Le texte prévoit deux types de situations.
D’abord les cérémonies publiques, mariages, inaugurations, commémorations, vœux, où l’écharpe rend visible l’autorité municipale. Ensuite, toutes les fois où l’exercice de la fonction peut rendre ce signe distinctif nécessaire, notamment lorsqu’un maire agit en tant qu’officier de police judiciaire. Un exemple précis illustre cette obligation, le code de la sécurité intérieure impose le port de l’écharpe lors des sommations destinées à dissiper un attroupement.
En dehors de ces cas, rien n’oblige un élu à la porter au quotidien, ce qui explique pourquoi elle reste associée aux moments solennels plutôt qu’à la gestion courante d’une commune.
Que reste-t-il de l’ancien costume de maire ?
L’écharpe est aujourd’hui le seul élément qui subsiste du costume officiel décrit par le décret de 1852, tombé en désuétude. Un insigne facultatif aux couleurs nationales existe également, réservé aux maires, mais son port ne dispense jamais de celui de l’écharpe lorsque la loi l’impose.
Ce contraste entre un uniforme disparu et un simple ruban tricolore toujours réglementé en dit long sur la manière dont la République a choisi de conserver ses symboles, peu nombreux mais rigoureusement codifiés.